Métro, journaux, métro

 

Il n'y a pas qu'à Montréal que l'arrivée d'un quotidien gratuit a provoqué une petite guerre de journaux. Dans plusieurs villes où a poussé un Métro, les compagnies en place n'ont pas manqué de réagir. Et, dans certains cas, la réaction est même venue avant que ne se pointe le groupe suédois Metro International, concepteur de cette presse gratuite et coactionnaire du Métro de Montréal avec Publications Transcontinental.


De Stockholm à Buenos Aires

Metro International est issu de Modern Times Group, la division médias du groupe suédois Kinnevik. C'est Modern Times qui lance le premier Metro, en février 1995 à Stockholm. Distribué gratuitement dans les stations de métro et les gares d'autobus, Metro doit se lire en une vingtaine de minutes, la durée moyenne d'un trajet de métro, et vise principalement les gens qui ne lisent pas déjà un quotidien.

Toronto et Montréal sont deux des 19 villes réparties dans 14 pays où Metro International a lancé un quotidien gratuit. L'entreprise considère qu'il s'agit en quelque sorte de 19 éditions du même journal et que Metro se situe au sixième rang mondial sur le plan du tirag (3,3 millions). Dans le détail, le nombre d'exemplaires chaque jour atteint 691 000 en Europe du Nord, 1 691 000 ailleurs en Europe, et 694 000 au total en Amérique (Toronto, Philadelphie, Santiago et Buenos Aires). À cela, il faut ajouter les quelque 100 000 exemplaires distribués à Montréal depuis le mois de mars et les 175 000 mis en circulation a à Boston depuis le début du mois de mai.

Une rapide expansion expliquerait les pertes annoncées par le groupe en février dernier et qui atteignent 65 millions de dollars pour le dernier exercice financier.

 

Les quotidiens britanniques prennent l'offensive

Craignant l'arrivée de Metro International, qui viendrait nuire à l'Evening Standard (Londres) ainsi qu'à ses journaux régionaux, le groupe Associated Newspapers lance en avril 1999, dans le métro de Londres, une copie parfaite du prototype suédois, en utilisant, de surcroît, le même nom : Metro.

Des éditions se sont ajoutées dans d'autres villes britanniques au cours des deux années qui ont suivi, parfois en association avec des groupes de presse régionaux. Le groupe suédois n'a livré bataille qu'à Newcastle avant de cesser de publier, après douze mois, en décembre 2000.

Une autre entreprise, britannique celle-là, a tenté de faire obstacle à Associated Newspapers. Le Guardian Media Group publie deux quotidiens à Manchester et ne voulait pas laisser entrer un concurrent dans la région. Pendant trois mois, les utilisateurs du métro et des autobus de cette ville ont donc eu le choix entre deux quotidiens gratuits, jusqu' ce que les deux groupes fusionnent leurs activités en février dernier. Deux quotidiens gratuits ne pouvaient ainsi se concurrencer bien longtemps, affirme le directeur financier d'Associated Newspapers.

Si bien qu'aujourd'hui, Metro est publié dans huit villes différentes de Grande-Bretagne par Associated Newspapers et ses associés régionaux.

Chaque jour, 800 000 copies sont mises en circulation, ce qui le place au sixième rang des quotidiens nationaux du matin. Les tirages des quotidiens payants ne paraissent pas avoir souffert de l'arrivée de ce nouveau concurrent.

 

La défense des éditeurs américains

L'implantation du groupe suédois aux Etats-Unis s'avère parsemée d'embûches.

À Boston, l'agence responsable du transport en commun a refusé, en février dernier, d'accorder à Metro International l'exclusivité de la distribution dans le métro et les autobus de la région. Le dirigeant de l'agence affirme qu'une telle entente avec le groupe suédois aurait soulevé des questions quant à la libre circulation de l'information. En dépit de cette rebuffade, le groupe de presse a lancé son édition bostonienne au début du mois de mai. Les exemplaires sont placés dans des présentoirs ou distribués de main en main. La contre-attaque de l'un des deux quotidiens locaux, le Boston Globe, a porté sur le prix. Le coût d'un exemplaire est passé de 50 à 25 cents (de manière temporaire, dit la direction) dans les kiosques à journaux desservant la clientèle des transports publics. Mais le Metro de Boston est aussi distribué dans des édifices publics et des institutions d'enseignement supérieur.

Dans la région de Philadelphie, les journaux locaux, ainsi que le USA Today et le New York Times ont plutôt choisi la voie juridique pour tenter de faire obstacle à l'arrivée du gratuit . En invoquant notamment la libre circulation de l'information, ils contestent l'entente d'exclusivité conclue entre Metro International et l'administration du transport public qui lui donnerait un avantage indu sur ses concurrents. Lancé en janvier 2000, TPI Metro a, malgré ce privilège de distribution, essuyé une perte de 8,8 millions de dollars US à sa première année d'opération.

La situation que connaissent Toronto et Montréal, alors que deux groupes s'affrontent dans ce nouveau marché des quotidiens gratuits, fait donc figure d'exception. Au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, aucune ville n'abrite plus d'un journal de ce type. Le marché devrait bien finir par imposer ses limites ici aussi. Il a déjà forcé Metro International et Torstar à fusionner leurs gratuits de Toronto. Après seulement six mois d'activités, le GTA Today de Torstar avait en effet perdu 4,6 millions de dollars. Le Metro Today, né de la fusion, doit encore rivaliser avec le FYI de Sun Media, une filiale de Quebecor.

Sources : The Guardian, The Financial Times, The Boston Globe, The Philadelphia Citypaper et The Philadelphia Business Journal.