Violence à la télévision :

Le code de conduite de l'industrie a-t-il eu l'effet attendu ?

À la suite d'une vaste campagne populaire auprès du gouvernement fédéral et du CRTC au début des années 1990 &endash; notamment dépôt d'une pétition de 1,5 million de signatures &endash; l'Association canadienne des radiodiffuseurs s'est donnée au début de 1994 un nouveau Code de conduite concernant la violence à la télévision. Ce Code a été entériné par le CRTC qui oblige tous les radiodiffuseurs à y souscrire. Les actes violents sont-ils de moins en moins nombreux au petit écran depuis l'adoption de ces nouvelles règles (le Code interdit notamment la violence gratuite) ? Ou, à tout le moins, sont-ils présentés après 21 hres, « heure critique avant laquelle aucune émission comportant des scènes de violence et destinée à un auditoire adulte ne doit être diffusée » ?

Les dernières analyses conduites par Jacques de Guise et Guy Paquette pour le Centre d'études sur les médias montrent qu'il n'en est rien. Ainsi, le nombre d'actes de violence physique présentés dans les émissions de fiction de la SRC, de TVA et de TQS sont 4,5 fois plus nombreux en 2001 qu'ils ne l'étaient en 1993 (graphique 1). Pendant la même période, nous sommes passés d'une moyenne de 10 actes de violence à l'heure à une moyenne de 52 actes à l'heure.

Graphique 1

Évolution du nombre d'actes de violence physique chez les trois réseaux francophones

Toutefois, une bonne part de cette croissance est attribuable à la programmation de TQS (graphique 2). En 2001, 67 % des actes de violence ont, en effet, été présentés par le mouton noir. La violence physique est presque absente des émissions de fiction du service public (SRC) alors que TVA se situe entre ces deux pôles.

Graphique 2

Évolution du nombre d'actes de violence physique selon les réseaux

Par ailleurs, tous les actes de violence identifiés ne sont pas de la même importance. La violence crue, gratuite, ou celle qui est valorisée est probablement plus nocive que celle, par exemple, qui figure dans certains films comiques. En conséquence, chaque acte s'est vu accorder une cote de toxicité. L'indice global de toxicité des actes de violence diffusés montre que TQS devance également les autres réseaux francophones à cet égard. (graphique 3).

Graphique 3

Toxicité moyenne des actes de violence physique selon les réseaux

Enfin, qu'en est-il de l'heure de diffusion ? Selon nos analyses, le nombre d'actes de violence physique à l'heure est plus élevé dans les émissions qui débutent avant 20 hres, alors qu'un plus grand nombre d'enfants sont susceptibles d'être à l'écoute, que dans les émissions dont la diffusion commence à 21 hres ou plus tard (graphique 4). De plus, la toxicité moyenne des actes de violence est plus élevée dans les émissions qui débutent avant 21 hres que dans celles qui sont mises à l'horaire plus tard.

Graphique 4

Nombre d'actes de violence physiques à l'heure pour les trois réseaux francophones selon l'heure de diffusion