Ordinateur-téléviseur : Convergence ou divergence ?

L'industrie de la télévision ne devrait plus chercher à intégrer les applications interactives qu'on retrouve dans Internet tel le courriel, le clavardage, la consultation de sites ainsi que les achats en ligne. Le risque financier est très élevé, alors que de nouveaux services plus proches des usages habituels de la télévision (la vidéo sur demande par exemple) présentent de meilleures perspectives de profits.

Voilà, selon le magazine spécialisé Euromedia, le sentiment qui prévalait lors de la plus récente International Broadcasting Convention tenue à Amsterdam. « La télévision est d'abord un appareil de divertissement audiovisuel alors que l'ordinateur est d'abord un outil d'échange et de traitement de l'information », rappelait l'un des participants. Un autre soulignait que l'écoute de la télévision se pratique souvent en groupe, ce qui la rend incompatible avec l'activité plus personnelle qu'est la rédaction d'un courriel à l'écran de télévision.

De même que la télévision ne pourrait concrètement entrer en compétition avec les diverses fonctions pratiques de l'ordinateur, de même l'industrie informatique ne menacerait pas celle de l'audiovisuel. Ainsi, télécharger un document vidéo est tellement lent que cela décourage l'internaute, ont noté plusieurs spécialistes présents à cette rencontre.

Et les usagers

Les consommateurs américains se disent intéressés par deux services qu'offre la télévision interactive : pouvoir regarder une émission de télé payante au moment de leur choix et pouvoir consulter un guide horaire électronique. Notons que ces deux activités sont en continuité avec les usages habituels de la télévision. Toutefois, un très grand nombre préfèrent demeurer spectateurs devant le petit écran. En effet, 72 % déclarent n'avoir aucun intérêt à participer, par télécommande interposée, à une émission de télévision.

En ce qui a trait aux services d'achat de produits et services à l'aide du clavier de télévision interactive, un récent sondage conduit au Royaume-Uni est particulièrement révélateur du peu d'intérêt des consommateurs, du moins dans l'immédiat. Dans ce pays où la télévision interactive est la plus présente au monde (35 % des foyers y sont abonnés ; elle y est indissociable de la télévision numérique contrairement à ce qui est offert au Canada), la moitié des abonnés déclarent ignorer qu'ils peuvent l'utiliser pour faire des achats. Un petit nombre seulement l'a déjà fait (voir graphique 1). Le plus souvent, il s'agissait de petits achats, comme de commander une pizza pendant qu'on regarde un film.

Graphique 1

Source : Résultats d'un sondage GartnerG2 rapportés par CyberAtlas Newsletter, 29 janvier 2002

Du côté de Quebecor Media

L'empire Péladeau qui a acquis Vidéotron et TVA pour offrir toute la gamme des services interactifs de télévision (Illico), y compris ceux qui sont actuellement l'apanage de l'ordinateur, n'est sans doute pas au bout de ses peines. D'autant que le développement de la télévision interactive comme substitut à l'ordinateur pour accéder à Internet sera plus difficile au Canada qu'en Europe. Et cela pour deux raisons . En premier lieu, parce que la proportion d'ordinateurs branchés au Net dans les foyers est, ici, parmi les plus élevées au monde. Deuxièmement, parce que la télévision numérique n'offre pas, de ce côté-ci de l'Atlantique, le même attrait que dans la plupart des pays européens. Au Canada un grand nombre de foyers sont déjà abonnés au câble analogique qui propose plusieurs dizaines de canaux. En Europe, la pénétration du câble étant généralement bien moindre, le numérique hertzien, présentement en développement, représente le mode le moins coûteux pour accroître le nombre de chaînes qu'on peut capter.

Mais cette large pénétration du câble dans les foyers canadiens profite à un autre secteur d'activités de Quebecor, celui de l'accès à Internet par modem qui est fort populaire. En effet, le Canada compte autant de foyers utilisant le modem câble pour accéder au Net qu'il y en a sur l'ensemble du territoire de l'Union européenne (voir graphique 2).

Graphique 2

Source : Screen Digest, décembre 2001