L'érosion du service public... ...au Canada plus qu'ailleurs

 

Le gouvernement fédéral, on le sait, a procédé à de sévères coupes dans les crédits qu'il accorde à la Société Radio-Canada. De fait, les crédits gouvernementaux sont toujours inférieurs de 149 millions en 2001 par rapport à 1993, un manque à gagner qui ne tient évidemment pas compte de l'inflation (graphique 1). Ce sont les revenus autonomes, notamment les 67 millions supplémentaires apportés par les canaux d'information continue Newsworld et RDI (revenus de publicité et d'abonnements) qui ont permis de compenser.

Aucune des composantes du secteur privé de l'industrie de la diffusion n'a connu une telle stagnation de ses ressources financières (graphique 2). Au contraire, toutes ont pu compter sur une croissance continue de leurs recettes. En fait, les revenus de l'ensemble des diffuseurs privés ont augmenté de 57 % entre 1993 et 2000. Conséquemment, le "poids" relatif du secteur public dans l'ensemble de l'industrie de la radio et de la télévision canadienne n'est plus que de 26 % en 2000 par rapport à 36 % en 1993. Cela représente un changement important dont l'un des effets est la production d'un nombre croissant d'émissions qui répondent à des objectifs strictement commerciaux.

Cette montée en puissance des diffuseurs privés se remarque aussi dans d'autres pays, alors que les recettes des diffuseurs publics croissent généralement moins rapidement que celles de leurs homologues du secteur privé (graphique 3). Toutefois, même si elles augmentent moins rapidement, elles augmentent tout de même de manière significative, y compris pour les sommes versées par les différents États. Même les crédits accordés à la RTP portugaise, qui avaient lourdement décrus entre 1993 et 1997, ont augmenté de manière importante depuis. À cet égard, la démarche du gouvernement canadien est unique parmi les pays analysés.

Une autre façon de situer la participation de l'État canadien à Radio-Canada consiste à comparer l'appui financier consenti par les différents pays sur une base per capita (graphique 4). Le Canada arrive alors au septième rang des dix pays qui font l'objet de la comparaison. En Belgique et en Suède, la contribution per capita est environ deux fois plus élevée qu'au Canada. La BBC reçoit trois fois plus, et les diffuseurs publics allemands presque quatre fois plus.

 

Graphique 1

 

Graphique 2

Évolution des revenus des diffuseurs publics
et privés au Canada (1993-2000)

 

Graphique 3

Évolution des ressources financières des diffuseurs publics
et du marché publicitaire télévisuel entre 1993 et 1997 (en %)

 

Graphique 4

 

Sources: Les données sont tirées d'une nouvelle publication du Centre d'études sur les médias intitulée Portrait actuel de la télévision publique dans dix pays, dont le Canada.