La télévision payante, de plus en plus payante

Les chiffres sont éloquents. Les revenus de l'ensemble de l'industrie de la télévision payante ont augmenté de 73 %
au cours des quatre dernières années (Graphique 1). La moitié de cette hausse est survenue pendant l'année 2000.

Les bénéfices avant intérêts et impôts (B.A.I.I.) n'ont pas été en reste. Ils ont triplé pendant cette période de quatre
ans, si on exclut du calcul les résultats du service de télévision à la carte de Bell ExpressVu qui en était,
contrairement aux autres fournisseurs, à sa première année d'existence. Au total, pour les douze autres exploitants,
les bénéfices se sont accrus de 40 % au cours de l'année 2000 par rapport à l'année précédente. Ils ont atteint
les 44,5 millions de dollars (Graphique 2).

Toujours en faisant abstraction de la filiale de Bell, le taux de rendement avant intérêts et impôts de l'industrie
de la télévision payante est passé de 12,3 en 1996 à 22,1 en l'an 2000 (Graphique 3). Une progression des plus intéressantes.

 

 

Grâce au numérique

Comme le montre le Graphique 4, la plus grande part de la croissance des revenus des Super Écran, Viewers
Choice, Family Channel et autres Home Theatre est venue des abonnés des deux services de distribution
directe par satellite (SRD), Bell ExpressVu et Star Choice. En l'an 2000, les sommes que ces téléspectateurs
ont versées pour voir des films en tout genre, des événements sportifs ou des spectacles sur leur petit écran
ont représenté près de 34 % des revenus des services de télévision payante.

Or, le nombre d'abonnés aux SRD a augmenté de manière importante en un peu plus de deux ans, passant de
quelque 400 000 au début de 1999 à environ 800 000 en février 2000, puis à 1,4 million à l'été 2001. Près
des trois quarts des personnes qui ont fait le choix du numérique ont opté pour la petite soucoupe plutôt que
pour le câble ou la distribution multipoints. L'un des avantages recherchés par ces téléspectateurs qui passent
au numérique est sans conteste cette offre beaucoup plus abondante de chaînes à péage et de chaînes à la carte.
Tel que prévu, l'arrivée des services numériques en 1998 a marqué le début d'une ère de prospérité accrue
pour les détenteurs de licence de télévision payante.

Croissance moins forte pour les services français

Cependant, bien que les taux de rendement moyen pour les trois entreprises qui n'offrent que des services en
langue française soient similaires à ceux des entreprises qui n'offrent que des services en langue anglaise, la croissance des revenus des premières est moins rapide que celle des secondes. Elle est de 48 % pour les
services en langue française sur l'ensemble des quatre années et de 11 % pour la dernière (Graphique 1).
C'est que le marché de la télévision numérique se développe moins bien chez les francophones. Ils ne comptent,
en effet, que pour 17 % de l'ensemble de ses abonnés alors que ceux qui parlent d'abord la langue de Molière à
la maison représentent 22 % de la population canadienne.

On peut avancer deux raisons principales à cet écart. Premièrement, les Québécois, chez lesquels se retrouvent la majorité des francophones, ont un revenu disponible inférieur aux anglophones de l'Ontario et des provinces de l'Ouest. Ensuite, bon nombre des canaux de télévision supplémentaires qui sont proposés par les divers services numériques sont en langue anglaise, ce qui rend ces services moins intéressants pour plus d'un parlant français.

Malgré cette situation plus difficile dans le marché francophone, le secteur de la télévision payante pèse maintenant plus de 200 millions de dollars, soit le cinquième du poids du secteur des canaux spécialisés dont les revenus ont dépassé le milliard de dollars en l'an 2000.

 

Sources: CRTC, Télévision payante et d'émissions spécialisées, relevés statistiques et financiers, 1996-2000; CRTC, Rapport de surveillance de la politique sur la radiodiffusion, 2000; Rapport des entreprises de distribution.