Nos observations


Numéro 18, décembre 1996

Les chaînes de télévision: planche de salut du cinéma français


Comment la France réussit-elle à produire environ 140 films par année depuis dix ans, surtout que cette production a nécessité deux fois plus d'argent en 1995 (989 millions de dollars canadiens) qu'en 1986?

Les salles en baisse

Une véritable crise de fréquentation des salles a frappé la France (comme l'ensemble de l'Europe d'ailleurs) au début des années 80. Il y a eu un petit redressement depuis 1992, mais les entrées de 1995 sont en baisse de 36 % par rapport à celles de 1982. La hausse du prix des places a toutefois permis de maintenir les recettes totales. Mais la part de celles-ci allant aux créations françaises a fléchi de 9 %, au profit des films américains. En conséquence, les distributeurs de films ne fournissent plus qu'une part marginale du financement, soit 4 % comparativement à 19 % il y a dix ans.

Le petit écran bouffe du film ...

La multiplication des chaînes de télévision et des fenêtres de diffusion cinématographique (télévision payante et chaînes thématiques) a provoqué une véritable explosion de la demande de films. Le nombre de films diffusés par les chaînes françaises a plus que triplé de 1983 à 1995, pour atteindre quelque 1,500 oeuvres. La moitié d'entre elles sont françaises, conformément à la réglementation concernant la diffusion de films à la télévision. À elle seule, la chaîne de télévision payante Canal Plus, lancée en l984, a offert à ses abonnés 30 % des films diffusés au petit écran l'an dernier.

... et le finance

L'apport des télédiffuseurs (qu'il s'agisse de coproductions ou de préachats) progresse de façon extraordinaire, passant de 12 % du financement à 37 % entre 1986 et 1995, comme le montrent les graphiques. Ce sont surtout les préachats de droits de diffusion qui sont en hausse. En 1995, ils représentent 30 % des sommes réunies par les producteurs pour financer leurs films.
Canal Plus est très actif en ce domaine. La chaîne est responsable de presque les trois-quarts des sommes versées à titre de préachats pour les films français .

D'autres données permettent d'illustrer l'importance capitale du petit écran pour le film français. Près de la moitié (45 %) de ses revenus lui viennent du marché télévisuel. Les autres sources de revenus sont les entrées en salles, la vente et la location de vidéocassettes, marché dominé à 85 % par les productions américaines, et les exportations.

En investissant dans la production, la télévision a permis le maintien de la production cinématographique française.

Effets sur les productions québécoises

La croissance extraordinaire du marché télévisuel français ne profite guère aux films qui ne sont ni français, ni américains, ni européens. Les films d'autres provenances, dont les films québécois, vont chercher moins de 1 % des dépenses de films des chaînes de télévision.

De plus, les ententes de coproduction franco-québécoises seront sans doute plus difficiles à conclure. Fournissant en moyenne plus du tiers du financement, les chaînes de télévision pèsent lourd dans le choix des projets qui sont menés à terme. Elles sont guidées par leurs propres impératifs commerciaux: grilles de programmation à remplir, autres productions déjà achetées et auditoires à satisfaire.

Sources: Conseil National de la Cinématographie (1996), CNC info, Bilan 1995; Creton, L. (1994), Economie du cinéma, Perspectives stratégiques, Nathan Université, Paris.

Et au Québec?

Le cinéma d'ici ne trouve pas le même appui auprès de nos télédiffuseurs. En effet, les télédiffuseurs canadiens ne fournissent que 3,7 % du financement des films québécois. Ils sont absents du financement des 19 longs métrages de fiction produits au Québec en 1994-1995.

Ils préfèrent financer des poductions destinées à la télévision, dont les télé-séries. Leur participation, surtout par les préachats, représente en moyenne 15 % des sommes amassées par les producteurs d'oeuvres télévisuelles.

Source: SODEQ, Statistiques sur l'industrie du films, 1994-1885.